Aircraft Performance Engineer | Vibration Test Engineer
Airbus
France

Oria et Antoine

Oria et Antoine

Quel est votre nom, votre intitulé de poste et où êtes-vous basé(e) ?

Oria: Bonjour, je m'appelle Oria et j'ai été embauchée comme ingénieure en performances avion à Toulouse il y a moins d'un an, après avoir effectué mon stage de fin d'études au sein de cette même équipe. 

Antoine: Je m'appelle Antoine, je suis ingénieur d’essais vibrations basé à Toulouse, en France, et je suis spécialisé en dynamique des structures et essais chez Airbus depuis plus de 4 ans.

Définissez votre poste en une phrase.

Oria: J'analyse le comportement des avions pendant les phases critiques du décollage et de l'atterrissage. En cartographiant leurs limites exactes, je contribue à garantir qu'ils opèrent en toute sécurité et avec une efficacité maximale. 

Antoine: Mon quotidien consiste à concevoir des outillages d'essais sur mesure, à réaliser des essais d'environnement sur pot vibrant ainsi que des essais de vibration au sol (GVT), et à analyser les données structurales. L'objectif est de s'assurer que chaque composant de l'avion est conçu pour résister en toute sécurité aux conditions de vol

Qu'est-ce qui vous a donné envie de rejoindre Airbus ?

Oria: Ma passion pour le pilotage a entièrement façonné mon parcours professionnel : dès mes premières heures de vol, j'ai su que je voulais me spécialiser dans les performances avion. Pour moi, ce domaine est unique car il englobe l'avion dans sa globalité, ce qui en fait la discipline d'ingénierie la plus proche de l'expérience en cockpit. J'ai choisi Airbus parce que son esprit de pionnier et son accent mis sur l'innovation m'offrent l'opportunité incroyable de participer activement à la construction de l'aviation de demain. 

Antoine: Titulaire du PPL (Licence de Pilote Privé) depuis trois ans, l'aviation est ma passion au quotidien. Airbus est l'environnement idéal pour moi, car il me permet de faire directement le lien entre mon expertise technique en mécanique des structures et mon expérience concrète de pilote, en travaillant sur les avions mêmes que j'aime piloter.

En quoi votre rôle contribue-t-il à la mission d'Airbus ou au succès de ses produits ?

Oria: Chaque décollage est unique. Un avion qui s'élance sur une piste courte par une chaleur estivale étouffante fait face à des lois physiques totalement différentes de celles d'un appareil partant par temps glacial sur une longue piste.

Mon travail consiste à modéliser précisément ces comportements au décollage et à l'atterrissage. En prenant en compte tous les paramètres — de la masse de l'avion et de l'aérodynamique jusqu'au vent et à la pente de la piste —, nous définissons des limites opérationnelles strictes. C'est cette alliance entre l'analyse de données et les réglementations rigoureuses de l'EASA qui garantit que les flottes d'Airbus volent avec une sécurité et une efficacité maximales partout dans le monde.

Antoine: Mon rôle couvre l'intégralité du processus d'essais physiques. Je conçois sur CATIA des montages d'essais sur mesure pour fixer les composants lors des essais sur pot vibrant et des essais de vibration au sol (GVT), j'installe les équipements et j'analyse les données vibratoires.

On peut comparer cela à une corde de guitare : lorsqu'on la pince, elle émet une note unique. Chaque pièce d'avion possède une 'signature' vibratoire naturelle similaire. Nous capturons ces données réelles sur nos bancs d'essais pour aider nos équipes de conception à valider et à affiner leurs simulations numériques. Nous testons même des phénomènes critiques en vol comme le flutter. En fin de compte, en observant comment les composants se comportent sous des contraintes physiques réelles, mon travail garantit que nos avions sont sûrs et fiables sur le plan structural.

Y a-t-il un projet ou un moment particulier dont vous êtes particulièrement fier(ère) ? Pourquoi ?

Oria: Je suis particulièrement fière de mon travail au sein de l'équipe R&T (Recherche et Technologie), où je contribue à développer les outils de performance de demain et travaille sur les futurs programmes d'Airbus. Savoir que les modèles que je crée aujourd'hui façonnent directement l'avenir de l'aviation, ouvrant la voie à la prochaine génération d'avions plus sûrs et plus efficaces, me procure un réel sentiment d'accomplissement. L'objectif n'est pas seulement d'évaluer les architectures actuelles, mais de cartographier les capacités de nouveaux concepts d'avions des années avant leur premier vol. Ces données permettent de garantir que ces futurs concepts sont optimisés pour une efficacité maximale et une sécurité irréprochable dès la phase de conception préliminaire. Développer ces modèles pionniers et voir avec quelle précision ces outils peuvent prédire le comportement d'un design totalement inédit est absolument fascinant. 

Antoine: Je suis particulièrement fier de travailler sur des essais au sol à grande échelle, où l'on secoue physiquement un avion entier ou de gros composants avant son tout premier vol. Le but n'est pas de pousser les pièces jusqu'à leur point de rupture, mais de cartographier à la perfection la "signature vibratoire" unique de l'avion — ce que l'on appelle une base modale. Concevoir des structures métalliques sur mesure pour maintenir les équipements et voir des centaines de capteurs capturer la façon dont la structure vibre naturellement est incroyable. Ces données permettent de s'assurer que lorsque l'avion vole à haute vitesse, il ne déclenche pas un phénomène critique qu'on appelle le flottement (flutter). Pour imaginer cela, le flutter, c'est comme sortir une règle flexible par la fenêtre d'une voiture sur l'autoroute : au-delà d'une certaine vitesse, l'air la force soudainement à se tordre et à osciller violemment sans contrôle. Nos données garantissent que la structure de l'avion reste parfaitement stable. Savoir que notre travail contribue directement à donner le feu vert final pour libérer l'avion pour le vol en toute sécurité est un sentiment incroyable.

Que diriez-vous à quelqu'un qui pense ne pas avoir sa place dans l'aérospatiale ?

Oria: Il n'y a pas besoin d'un diplôme spécialisé en aéronautique pour réussir sa carrière dans ce secteur. Mon propre parcours d'ingénieure est généraliste, sans aucun lien initial avec l'aviation. Ce qui compte vraiment chez Airbus, c'est votre curiosité, votre capacité d'apprentissage, votre adaptabilité et votre manière d'aborder les défis. Venir d'un horizon différent est en réalité une vraie force : cela vous donne un regard neuf pour appréhender les systèmes complexes différemment. Si vous êtes guidé par la curiosité et le désir d'innover, le monde de l'aérospatial a besoin de votre profil unique.

Antoine: L'aéronautique se nourrit d'esprits pluridisciplinaires, pas seulement de profils purement théoriques. En dehors d'Airbus, je travaille comme ingénieur de piste en sport automobile pour des camions de course, ainsi qu'en tant qu'ingénieur du son. Les fréquences, l'acoustique et l'analyse de données sont des langages universels que l'on règle un châssis de course, que l'on aligne le système son d'un concert ou que l'on teste la structure d'un avion. Si vous aimez résoudre des énigmes physiques complexes, vous êtes au bon endroit.

Quelle valeur d'Airbus résonne le plus en vous, et pourquoi ?

Oria: Parce que les performances avion étudient l'appareil comme un système complet, elles reposent avant tout sur une synergie collective. Mon quotidien exige une collaboration constante avec de nombreux domaines spécialisés, tels que l'aérodynamique et les qualités de vol, ce qui incarne parfaitement l'esprit 'We Are One'. 

Faire partie de l'équipe Recherche & Développement ajoute également une forte dimension créative à cette collaboration : concevoir les outils de performance et les avions du futur nous oblige à inventer constamment de nouvelles solutions. Ensemble, nous innovons et façonnons la prochaine génération de vol. 

Antoine: Au quotidien, je collabore en permanence avec les équipes des structures, de la propulsion et des essais en vol. Tout comme dans la voie des stands d'une équipe de course ou à l'intérieur d'un cockpit, on ne réussit jamais seul. La préparation de campagnes d'essais d’envergure exige une communication fluide et une confiance mutuelle pour atteindre nos objectifs de sécurité.

Qu'aimez-vous faire quand vous ne travaillez pas ?

Oria: En dehors du travail, vous me trouverez généralement dans les airs ! Piloter des avions légers offre un sentiment de liberté incroyable tout en exigeant une concentration et une rigueur absolues. J'applique cette même détermination et cette même endurance mentale au sol lorsque je m'entraîne pour des marathons.

Au-delà du sport, l'engagement social est extrêmement important pour moi. Après avoir été bénévole pour un programme d'ouverture culturelle auprès des jeunes à Marseille, je franchis une nouvelle étape en septembre prochain en devenant marraine pour 'Capital Filles'. Donner les clés de la réussite à la nouvelle génération — et plus particulièrement encourager les jeunes filles à poursuivre leurs ambitions avec confiance et à exprimer tout leur potentiel — est une mission particulièrement gratifiante.

Antoine: En dehors du travail, je partage mon temps libre entre trois grandes passions : le pilotage, le sport automobile et l'acoustique. Avant tout, en tant que pilote privé, j'adore m'élever dans les airs et piloter des avions légers.. Au sol, je travaille comme ingénieur de piste freelance dans les championnats de France et d'Europe (FIA) de courses de camions, où je gère la télémétrie en direct, les données du bus CAN et les réglages de châssis. Enfin, j'exerce aussi comme ingénieur du son, avec un focus sur l'optimisation acoustique, le calage de système (mise en phase) et la diffusion audio pour l'événementiel. Les ondes, la dynamique et les données font partie de tout ce que je fais !

Peux-tu nous en dire plus sur ta participation au "Tour Aérien des Jeunes Pilotes" ?

Fin juillet, je participerai au Tour Aérien des Jeunes Pilotes (TAJP), organisé par la Fédération Française Aéronautique (FFA). C'est un honneur de faire partie des 46 pilotes sélectionnés au niveau national, et d'être l'une des six seules jeunes femmes retenues cette année. Ce périple aéronautique de 15 jours comprend 7 étapes à travers la France, mêlant compétitions de navigation de précision et meetings aériens ouverts au public.

Au-delà des défis techniques et de pilotage, ce qui rend cette expérience si enrichissante, c'est l'opportunité d'échanger avec le public. Tout au long du tour, l'objectif est de promouvoir activement une aviation responsable, durable et accessible à tous. C'est une tribune formidable pour partager ma passion du vol tout en défendant l'avenir de notre industrie. En tant que l'une des rares femmes pilotes de cette édition, il est crucial pour moi d'aller à la rencontre de la nouvelle génération, et particulièrement des jeunes filles. J'ai hâte de profiter de chaque étape pour partager mon parcours, briser les stéréotypes et leur prouver que le cockpit — et le monde de l'aérospatial dans son ensemble — est un endroit où elles ont absolument leur place.

As-tu une anecdote particulière à partager ?

Bien que je n'aie pas participé à ce tour spécifique, une étape majeure de mon parcours de pilote a été l'obtention de ma qualification VFR de nuit à l'ACAT (Aéro-Club du CE Airbus France Toulouse), aux côtés d'un autre collègue d'Airbus.

J'apprécie énormément de piloter les différents avions du club, en passant du DR400 au DA20, DA40 ou au Sprintair. Chaque appareil possède ses propres spécificités mécaniques et qualités de vol, ce qui m'apporte une excellente perspective technique et m'aide à prendre du recul dans mon travail d'ingénieur au quotidien. Piloter l'un de ces avions légers dans le noir complet est une expérience d'une intensité incroyable, où l'on doit avoir une confiance absolue dans ses instruments et dans l'intégrité structurelle de l'appareil, les paramètres exacts que je m'efforce de valider chaque jour sur nos bancs d'essais en laboratoire ! Partager cette aventure au sein du club Airbus illustre parfaitement la passion commune de notre communauté.

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